PHILIPPE PIGUET
« Pour une peinture figurée »
2008

extract from the article in the magazine Art Absolument (Hors série: Figuration narrative)

Férocement attaché au réel, Julien Beneyton en brosse des images qui l’outrepassent. Son réalisme ne procède pas de la plate reproduction de la réalité, à la façon d’un hyperréalisme comme on l’a connu dans les années 1960-70. Il y va d’un précisionnisme qui fouille le réel jusque dans ses retranchements tout en l’aménageant à sa main, si besoin est. Si l’art de Beneyton offre à voir des images qui revendiquent leur source photographique, elles n’en visent pas moins une restitution affectée du réel. Sa touche quelque peu naïve peut aussi bien être savante qu’extrêmement simplifiée, l’important pour le peintre étant de rester fidèle à ce qu’il voit. Aussi à ce qu’il sait du sujet dont il s’accapare. Cette dimension cognitive est essentielle à l’exécution de sa peinture et le réalisme est ici étroitement mêlé à la connaissance.
Fou de musique hip-hop, fait-il le portrait d’un chanteur rapper, qui plus est peintre graffitiste, Julien Beneyton va à sa rencontre. Il s’applique à le fréquenter, à l’accompagner sur le terrain même où il peint, passe des heures avec lui à parler musique et peinture. Pendant ce temps Beneyton observe, note, enregistre, fait tout plein de photos de sorte à se constituer un réservoir d’images souvenirs qui lui serviront le moment venu de faire le portrait de son modèle. Au final le tableau retranscrira bien plus que la seule image vive du chanteur, quelque chose d’une présence éprouvée. Julien Beneyton affectionne les scènes populaires, les populations colorées et les faits et gestes du quotidien.

Philippe Piguet

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