PASCALE MARTHINE TAYOU
“Julien Beneyton dans les bacs, en version compacte! / compact version out now!”
2006

Text written for the solo show catalogue edited in 2006, Galerie Alain Le Gaillard, Paris, FR

JULIEN BENEYTON
dans les bacs, en version compacte! ………..
de PM TAYOU

à deux heures du mat,
Le tube est arrivé,
sous une descente de neige,
Temps de chiens sur l’île acrylique.

Peinture sur bouts de bois,
travelling urbain sur matériaux divers,
propositions sur inspirations,
les dépêches de Julien,
les codes barre du pouls urbain.

Fête de travail,
Métro, boulot, … dodo
respect pour l’ouvrier,
régulation pour tous,
sans conditions.

Pas de rafles dans les foyers.
dire Non! Non! Non!
tous ensemble le 1er mai,
en petites foulées tout en rythme,
en accord majuscule avec le groupe,
La vie est un combat ici bas
et la mort n’attends pas de papiers pour tuer,
se battre pour manger absolument ici bas,
comme des hommes sauvages.

Le jour se lève enfin,
cracher le trop plein d’hier,
Pause-caca et pipi du matin,
click et double click sur la nature des choses,
peinture téléphonique dans cadre métro style rétro,
plan découpe sur faciès Philippe,
plan de coupe à Bologne,
Frutta e verdura contre fruits et légumes,
zoom sur prêcheur de Laumière
fondu sur quai Richard Lenoir,
Shopping populaire sur Avenue Jean Jaurès,
des minets rigolent direction Bobigny,
le voleur de gâteaux est aux abois,
l’écran de surveillance,
le vigile observe,
la caméra clignote et tourne,
Souriez, vous êtes filmé!

Succession d’images en urgence,
Mille et un détails en continu fin,
la peinture comme mode d’expression,
la peinture comme au cinéma
quand la rue coule en mode couleur,
films d’auteur / films poisons,
films prisons / films frissons,
Beneyton nous cadenasse,
nous sommes sa proie,
lui le danger permanent,
il nous guette sans cesse.

Et l’on se laisse prendre en gros,
simplement et tout bêtement,
les gâteaux dans le pantalon,
le pétard dans le froc,
L’on se fait embarquer pour des peccadilles,
L’on se plie à l’épreuve de la honte,
L’on mendie pour manger,
L’on fini sur le parking de Carrefour,
dans une collection particulière,
sous forme d’oeuvres d’Art,
peintures sur planches de maître,
dans de nouveaux décors en version cimaise.
D’autres lieux,
autres mystères,
Baignade et bronzage sur sable fin,
le quartier latin est si proche.

Du son tous azimuts, du rap
la rime à gogo,
Julien aime le Hip Hop qu’il soit américain, français ou d’ailleurs,
Cette musique l’inspire au quotidien depuis toujours,
c’est une référence dans l’ensemble de son travail.

Des hommages sur support papier,
tributes grandeur nature à ses idoles,
Hommage au Hip Hop marseillais,
Dj Premier, Rakim, Flavor Flave, Redman, Easy E,
The Notorious Big, Ol’ Dirty Bastard, Nasir Jones,
Busta Rhymes, Krs One, Missy Elliott, Ice Cube,
Big Daddy Kane, Big L, Nine, Ghost Face Killah,
Mc Jean Gab’1,
Oxmo est dans la cour,
beaucoup de blues pour tout raconter,
ses derniers moments de rêves.

Un peu de poésie,
un tour chez Brahim où ça décoiffe et coiffe non stop,
tout en geste,
là-bas où tout est l’idéal et l’action partout,
le trottoir au top,
à hauteur humaine,
à hauteur de Booba et ses potes,
interpol ne fait plus peur,
l’agent Little Nyc sculpte le vide,
Dennis n’y croit plus,
Crystal et Courtney gardent espoir dans le néant du confus
quand la mode de l’urgence interpelle la surprise.

Et pourquoi pas accepter l’ignorance?
Célébrer le stupide,
laisser couler la sale eau du caniveau qui stagne en nous,
laisser drainer le méchant suc gastrique qui soûle et tangue le cérébral,
transiter l’émotionnel par le rationnel,
récolter le parfum des égouts,
ne rien laisser au hasard,

Grandir,
grandir dans la fange de la cité,
embrasser l’île terrestre et ses merveilles aux milles facettes,
la vie est un épi de maïs pas facile à égrainer,
c’est la loge des gros bobos.

Flâner comme des puces sur Clignancourt,
comme dans un curieux rituel,
dans le labyrinthe porte de Lescot,
place des marques,
recueil de masques,
bijoux à la sauvette,
repère des poulets.

Le 55, rue Compans symbole de la solidarité …
Rue de la solidarité.
Et si jamais c’est trop dur ici, partir,
choisir de partir au bon moment,
pour un moment l’ailleurs est bon,
Partir et pousser la porte de là-bas,
fouiner en finesse le glauque qui nous habite avec sagesse,
frapper tout de suite chez l’étranger et point à la ligne.

- toc,toc,toc ?…,
- oui … qui va là?
- …
- C’est Julien!
- Qui?
- C’est Julien Beneyton!
La porte qui s’ouvre et se referme dans un grincement inhabituel,
des pas et des bruits qui s’éloignent et puis … plus rien…

Cap sur New York City,
Time Square, le vétéran traîne.
Rimes en cascades,
rencontre avec lui-même.
Monter la descente est si compliqué.

125 street to downtown,
rencontre avec Femme-pancarte,
que c’est triste,
c’est si gris!
en phase déprime,
J-Roc, Queensbridge en clair si sombre,
Joanna du Quens n’en peut plus,
Tiger s’affole cigare au bec,
au bord des larmes,
Hank Regard hagard,
Alias Jonxmoke
New york Under construction,
New york unlimited sur pochette glamour.
ça trompe beaucoup!

Je dois l’avouer,
j’ai la difficulté de trouver des mots justes pour cet œuvre.
Je ne veux point froisser cette peinture fraîche et si jamais mes
mots ne sont pas à la hauteur,
Je vous prie de rayer gentiment les mentions inutiles,
prière de biffer les phrases qui ne tiennent pas la feuille,
de trouver des mots adéquats pour dire mes maux,
et des images claires si mon film reste flou.
Et si c’est grave,
j’irais voir Serge et Alban pour vous faire plaisir.
Et même si « Alban n’a presque jamais ouvert la bouche « ,
j’irais quand même le revoir,
j’irais essayer de lui arracher un vrai sourire. »…
et hélas avec du retard j’y suis repassé (…) quelques semaines plus tard:
Alban n’était plus là  » mais ailleurs parti,
à Amsterdam peut-être pour chercher un peu d’ombre?
à Amsterdam où le vieux bateau ivre tangue encore sur les flots d’alcool,
à Amsterdam où Reguliersfreestraat n’est pas Château Rouge,
à Amsterdam où le quartier rouge fait l’effet Pigalle,
il s’amuse là-bas en douceur, bien informé sur ce qui se passe ici.
Serge et Alban c’est la vie qui refuse de mourir sous un pont,
Serge et Alban, peinture, acrylique sur bois réalisée en 2005 , 170×135 cm,
Serge et Alban en résidence dorée dans une collection privée,
au chaud … enfin?

L’ oeuvre de Julien c’est la trame de la rue qu’il choisit librement,
c’est l’ambulance en diagnostic du quotidien,
le pour et le contre,
l’endroit et son revers,
l’humour, la joie de vivre, la vie dans l’âme,
La rue c’est le sentier qui le conduit à son laboratoire,
la rue de l’observatoire,
La rue son disque dur qu’il monte et démonte en continu.
La rue pour voyager,
aller à Venise traquer la vieille dame branchée Reebok,
ou trinquer un coup en Pologne avec Uher et compagnie,
Julien trace l’itinéraire du globe de l’être,
frappe naturellement chez l’autre quand le besoin frappe à sa porte .
l’autre c’est son horizon de création, son fil conducteur,
son caviar et sa merde,
l’autre c’est son plus beau tableau de bord,
le point de mire de l’Observatrice ou de la Méprisante,
L’autre son odeur, son œuvre, son ventre.
L’autre son atelier,
l’autre l’étranger étrange qu’il habite étrangement,
les autres copains du début,
les Artistes en herbe,
l’autre la Satisfaite,
l’autre la Petite fonceuse,
L’autre le patibulaire à l’ Oeil crevé,
et surtout lui sous sa veste Public Enemy,
et plus loin, les autres qui attendent,
Young Chicano, Rasta 7, José et Alex aussi,
Henri le rigolo ou la liseuse toujours endormie,
Bes, David, Patricio et Antonio et le chien joyeux,
Marie, Zacharie, Aliou, Majoula, Munim, et le Golden bad boy,
tous les autres à ne pas oublier,
L’autre de Varsovie, vendeur de fourrures,
ou des clichés de Newa Praga,
Les autres sur la plage de l’est,
Hoëdic JB et tout l’équipage,

L’autre loin du désastre new-yorkais,
l’autre au loin du débarras et du stress,
l’autre en visite dans son pays des merveilles.

L’enfer n’est pas l’autre,
c’est son paradis interne où pousse le feux du désir,
désir du large, champs d’inspiration et terrain de jeux,
rencontre de personnages et pas de rôles pour guignols.
Des personnages célèbres qui peuplent sa Cour.
Josiane, la Duchesse de l’Odéon,
Yannick le cuistot Suisse,
Nicolas & François, les testeurs de sandwichs célèbres,
Georges le Médium de la Porte des Lilas …
la Discrète inconnue de l’angle de la rue Doudeauville et de la rue Léon,
Pierre, Olivier, Isabelle, Alain, Alexis et Matthieu …
Julien Beneyton jette un regard simple et dépouillé sur son temps,
sur ses gens qu’il aime ou déteste,
ils sont vivants, parfois exposés et tous voués à l’abri des
intempéries terrestres,
tous cachés dans les légers plis de ses peintures sur bois.

Une peinture qui dévoile,
une œuvre qui crache nos entrailles,
une technique à la rencontre du vif,
qui éclaire tant qu’il peut l’obscurité que cache la lumière du jour,
donner un peu de place à la mauvaise herbe,
ouvrir l’œil aveugle de nos yeux,
diriger le regard vers l’âme des choses pour un univers en mode couleur.

Une œuvre simple en succession de zooms sur séquences évitées du fil quotidien.
cerner l’impossible comme quête picturale,
souligner tout le beau du laid et vice versa,
faire trôner le banal et laisser naître la prose painting.
Toutes les situations sont si différentes et si proches de nous, de la vie.
Depuis son premier tableau, Julien a toujours conservé les mêmes sujets.
seule la technique et la manière ont évolué.
Please to see more on www.julienbeneyton.net

Pascale Marthine TAYOU

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