JULIE CRENN
2015


Texte du catalogue de l’exposition « Vendanges tardives 2015 », CAC Meymac, FR

Julien Beneyton se présente comme un peintre « témoin de son époque ». Depuis une quinzaine d’années, il documente son environnement immédiat : la rue, les quartiers populaires, le métro, le marché, les manifestations, la banlieue, ses architectures, ses habitants, ses ambiances et ses humeurs. Il se nourrit de tout ce qui lui parvient quotidiennement. Les photographies (de son aveu, souvent floues) sont ensuite transposées au pinceau sur un support en bois ou bien sur papier. La restitution est minutieuse, mais pas vraiment fidèle. L’artiste procède à des associations d’éléments, il modifie les expressions ou les attitudes. Il recompose les scènes dont il conserve cependant chaque détail d’une manière quasi chirurgicale : la texture d’un vêtement, le grain de peau d’un visage, la lisibilité d’une plaque d’immatriculation, le corps d’un insecte, le mouvement d’une chevelure, le reflet d’un paysage dans les verres d’une paire de lunettes de soleil. Des poils sur les bras au ventre tombant, en passant par le feuillage d’un arbre ou une tache de peinture sur un jean, tout y est à lire et à décrypter. Le temps de la peinture apporte un soin à l’image, une réflexion sur sa construction et sa portée, un corps à corps qui dissone avec une boulimie visuelle à laquelle l’artiste se refuse. Aux scènes urbaines s’ajoute un travail de portraits de ses proches, d’inconnus, d’amis, d’artistes rencontrés, de personnalités marquantes. Au fil des voyages et des échanges, la galerie des portraits s’étoffe. Avec style réaliste, un trait fin, un travail de la lumière et une palette prononcée, il représente ses contemporains issus de domaines pluriels. En ce sens, il s’inscrit dans une histoire de la peinture, en étudiant avec fascination et respect ses maitres absolus tels que Brueghel ou Van Eyck.
Une autre dimension traverse alors son œuvre : une volonté de représenter ce qu’il nomme les « beaux métiers ». L’artiste s’intéresse aux métiers qui engagent une transmission de génération en génération d’un savoir-faire spécifique préservé par un groupe. Il part à la rencontre de différents corps de métiers comme les métallurgistes de Florange ou encore les éleveurs bovins dans le Limousin. Des hommes et des femmes dont les métiers sont mis en danger par un contexte économique et politique mouvant. Au printemps 2015, l’artiste a rencontré quelques éleveurs du Limousin grâce à l’entremise d’un vétérinaire. Il se confronte à une réalité sans compromis où l’existence humaine est totalement vouée à celle des bêtes. Entre fierté et désespérance, il prend la température d’un métier en voie de disparition. À l’image de Gustave Caillebotte ou d’August Sander, il porte un regard attentif et sincère sur la société dans son ensemble en présentant aussi bien les acteurs de la scène hip-hop en France et aux États-Unis, les maraîchers, les livreurs, les agriculteurs ou encore les personnes sans-abri. La dimension sociologique de sa peinture le rapproche des esprits de Delacroix et de Courbet. Julien Beneyton n’envisage pas la peinture en dehors de la société, bien au contraire, elle témoigne de son temps, de réalités complexes auxquelles il s’attaque de manière frontale et décomplexée.

Julie Crenn

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