BENJAMIN BIANCIOTTO
« A toute épreuve »
2013

Text from the press release of the exhibition « A toute épreuve », 2013, Galerie Olivier Robert, FR

A TOUTE ÉPREUVE

La peinture de Julien Beneyton est un « coup de couteau du soleil dans le dos des villes surprises »*. Il y est question autant de luminosité que de Lumières, d’urbanité que d’humanisme ; de dos offert aux caresses douces du soleil, jusqu’à la brûlure. Elle est un chant de résistance silencieux.

Unité d’action
Dans sa nouvelle exposition « A toute épreuve » à la galerie Olivier Robert, Julien Beneyton propose quatre portraits de groupe aux teneurs et ambitions différentes, formant à leur tour un ensemble d’une unité remarquable. Etreints par l’amour dans Oujda, ou scellés par l’amitié dans The B.A.G., ils sont rassemblés autour d’une passion commune, échappant à l’individualisme de leur pratique dans Le pool de la Friche, ou affrontant ensemble l’adversité dans L’acier lorrain. Il ne s’agit pas forcément de lutte, ni de revendication. Seulement l’affirmation picturale que, bravant les errances de la vie, il est toujours possible de se tenir debout, marchant vers un avenir inéluctable mais ensoleillé, et sourire aux lèvres. L’intense travail des ciels trahit à merveille cette psychologie interne des individus qui s’unissent sous chacun d’eux, pour former non pas des groupes de portrait, mais des portraits de groupe.

Unité de lieu
Il y a, dans ces quatre peintures, un jeu d’allers-retours entre extériorité et intériorité. Toutes les scènes se déroulent en extérieur, non pas en pleine nature, mais avec pour décor naturel la ville et ses monuments d’urbanisation bétonnés: skatepark, cinéma, usine, ville en mutation parsemée d’enseignes à la gloire d’une mondialisation galopante. Les personnages se retrouvent alors légèrement en marge, premiers plans sur la limite externe, un peu en dehors du monde. Pas marginaux, loin de là, mais un extérieur qui nous permet de mieux pénétrer à l’intérieur. C’est ainsi que l’on se retrouve au coeur de leurs groupes intégré au cercle et, dans un même mouvement, au plus profond de leur intériorité individuelle grâce à cette plongée que seule la peinture permet. Etant nous-mêmes à la fois extérieurs à la scène, et absorbés à l’intérieur de l’oeuvre, on comprend immédiatement cette ambivalence qui fait de leur extériorité un signe de liberté au-delà des carcans de l’institution.

Unité de temps
Sans nostalgie, ni remords ni regrets, mais avec la pleine conscience du temps qui passe et file vers un indéfinissable avenir, Julien Beneyton enregistre le présent. Il nous livre les clés de vies prises dans ce hic et nunc de l’existence. Un constat, comme un arrêt sur image, captant l’impossible. Il est, bien entendu, héritier en cela de Gustave, ce « peintre du laid » qui dans une mise en terre franc-comtoise figea le réel et métamorphosa le quotidien en hommage historique.
Même si l’on pourrait multiplier à l’envie les références, classiques ou contemporaines, là encore, pas de volonté
passéiste. Se souvenir pour mieux remémorer, la peinture comme infaillible vecteur d’histoires. A contempler ces
illuminations picturales, il se dégage alors un fort sentiment d’appartenance. Et l’on entend résonner dans un souffle commun, apaisé et fier : « le coeur noir blotti dans le coeur de l’orage nous fondîmes sur demain »*.

Benjamin Bianciotto

*Aimé Césaire, « Le coup de couteau du soleil dans le dos des villes surprises », Soleil cou coupé, 1948.

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