ANNE MALHERBE
“Julien Beneyton, Van Eyck et les SDF”
2008

Text written for the solo show “The shit is real”, 2008, Galeries Olivier Robert & Alain Le Gaillard, Paris, FR

Julien Beneyton, Van Eyck et les SDF

Les peintures de Julien Beneyton nous envoient la réalité en pleine figure.
Non que les sujets soient spécialement violents. On pourrait, il est vrai, arguer que la misère urbaine, les rappeurs ou bien encore un paysage de rue dans lequel travaille un éboueur, présentent plus de rudesse que d’autres thèmes. Mais en fin de compte, ce n’est là qu’une question de point de vue.
Cette réalité n’est rien d’autre celle que l’on côtoie quotidiennement.
Pourtant, si l’on veut être exact, ce n’est pas tout à fait n’importe quelle réalité.
D’abord parce que l’artiste éprouve, pour les tranches de vie qu’il choisit, une passion qui trouve chez lui son expression nécessaire dans la peinture. Ensuite, cette réalité que les oeuvres rendent si aiguë, c’est celle que la vue seule embrasse dans son abondance de détails, même les plus discrets, même ceux que la perception courante néglige. Elle est donc exclusivement et intensément visuelle.
C’est pourquoi, si ces peintures nous brutalisent quelque peu, c’est surtout parce qu’elles font instantanément remonter devant les yeux ce que la perception rejette dans les marges. Sans hiérarchie ni sélection apparentes,
elles nous présentent une parcelle du monde visible, dont les éléments se pressent avec une affolante densité, posés les uns près des autres avec la minutie d’une haute lisse de la Renaissance et le raffinement technique d’un Van Eyck.
La sculpture, que pratique aussi Julien Beneyton, ne dément pas l’idée que son travail porte le sens visuel à son extrême pointe. De fait, le SDF hyperréaliste pris en sandwich entre des cartons semble finalement moins
emprunté à la réalité elle-même qu’il n’apparaît comme le fragment grandeur nature et tridimensionnel d’un tableau.
Cerné de canettes vides et de mégots, affublé de vieilles baskets, il n’est en effet nullement pitoyable (les scènes peintes ne le sont jamais non plus) mais bel et bien pittoresque, presque humoristique.
Les oeuvres de Julien Beneyton sont-elles un hymne à la réalité ou un hommage à la peinture ? Elles témoignent en tout cas de cette inquiétude qui entraîne inlassablement l’artiste de l’une à l’autre.

Anne Malherbe

< Back